Jean Yves Dupont nous a quittés, trop tôt.
Jean Yves faisait partie de ce petit groupe de pionniers de l’arthroscopie française. Jeune chef de clinique dans le service du Professeur Ramadier à l’hôpital Ambroise Paré à Boulogne, il était parti pour un voyage d’étude à Toronto, où il avait rencontré, par hasard, au détour d’un couloir du bloc opératoire, un chirurgien arc-bouté sur un arthroscope : Bob Jackson. Il était revenu enthousiaste, bien décidé à développer dans le monde chirurgical français une technique qui était déjà apparue dans le monde rhumatologique, grâce en particulier à Henri Dorfmann.
Celui qui le croisait dans les couloirs de la SOFCOT en 1979 pouvait lire son enthousiasme et son souhait de structurer autour de cette technique, la recherche, l’enseignement, de développer, au delà de l’approche diagnostique, une approche thérapeutique des lésions intra articulaires du genou, en particulier méniscales.
Et c’est ainsi que Jean Yves Dupont est devenu le promoteur de l’école d’arthroscopie d’Ambroise Paré, toujours reconnue de nos jours. Bon nombre d’entre nous sont ses élèves directs ou indirects et nous savons ce que nous lui devons. Les débuts ont été laborieux, les arthroscopies longues, sans caméra avec un Professeur Ramadier qui se tenait derrière nous pour « voir » mais qui nous poussait à persévérer et à faire savoir. Jean Yves organisa les premiers cours d’arthroscopie d’Ambroise Paré avec les arthroscopistes parisiens, cannais (J Beguin, B Locker), lyonnais (JL Prudhon) et d’autres. Il était invité à participer à de nombreux cours de formation. C’était l’époque où il fallait inventer les techniques, les instruments, où les premiers résultats des méniscectomies apparaissaient. C’était l’époque des workshops sur des modèles très simplistes…
C’était aussi l’époque où tous n’étaient pas convaincus, dans un monde chirurgical encore très attaché à une approche « conventionnelle » de la pathologie du genou. Faire savoir devenait fondamental et Jean Yves a fait partie de cette équipe formidable menée par Henri Dorfmann qui a jeté les bases et fondé notre si belle Société Française d’Arthroscopie. Il a donc, avec d’autres, été membre fondateur de la SFA créée à Strasbourg à l’automne 1980. Comme membre du bureau, il a ensuite participé activement plusieurs années à la vie scientifique et administrative de la société, Tous, nous pouvions apprécier sa conviction, la clarté, la précision de ses présentations toujours richement illustrées.
Faire savoir, c’était aussi passer les frontières. Homme influent de l’International Arthroscopy Association (qui fusionnera plus tard avec l’International Knee Society pour former l’ISAKOS), il a pu y présenter ses travaux et faire part des expériences françaises sur les tribunes internationales.
Mais l’arthroscopie et le ménisque n’étaient pas son seul point d’intérêt. Il s’est également intéressé au ligament croisé antérieur et surtout à la pathologie fémoro patellaire, en particulier au sein de l’ International patello femoral study group dont il a été le fondateur. Il avait d’ailleurs organisé la première réunion de ce groupe à Quimper. Ses travaux avec Mme Tardieu du Museum d’Histoire Naturelle sur la philogénèse et l’ontogénèse de la trochlée font encore autorité.
Jean Yves était un passionné. Passionné pour son travail certes avec parfois des positions tranchées, mais aussi passionné pour ses enfants, passionné pour le sport et en particulier la voile. Solitaire comme les marins, il a choisi de quitter Paris et les lumières de la rampe pour rejoindre Quimper où il pouvait concilier ses activités professionnelles et les joies de l'océan. Malheureusement, ces derniers temps, la maladie l'a rattrapé et son corps ne lui a pas permis d'assouvir ses passions. Il s'en est allé…
La Société Française d'Arthroscopie sait ce qu'elle doit à Jean Yves Dupont. Elle présente à ses enfants, sa famille et ses amis ses plus sincères condoléances.
Philippe Beaufils, Guy Bellier, Patrick Djian, Henri Dorfmann, André Frank, Philippe Hardy