Décès du Dr André Frank

Hommage

Décès du Dr André Frank

Chers amis de la SFA,

C’est avec une très grande tristesse que nous vous annonçons le décès de André Frank, 3ème Président de la SFA, et l’un des fondateurs de notre chère Société. J'ai malheureusement peu connu André, comme nombre de chirurgiens de ma génération. C’est la raison pour laquelle j’ai préféré laisser la parole à ses amis et collègues de la première heure qui pouvaient, mieux que quiconque, parler de ce grand homme qui brillait par sa discrétion.

Le Président - Johannes Barth

André Frank nous a quittés en cette belle journée ensoleillée du 10 septembre, après avoir lutté avec un incroyable courage contre la maladie. Il est parti serein, entouré de ses proches.

André, troisième président de la SFA, faisait partie de ceux qui, à la suite d’Henri Dorfmann, ont construit les fondements de notre Société. Fondé les structures bien sûr, mais surtout contribué à établir un état d’esprit si spécifique à la SFA, mélange subtil d’honnêteté professionnelle, d’enthousiasme, d’innovation, et d’amitié. Voir arriver un nouveau président, fusse le troisième, était une interrogation en cette période de consolidation de notre SFA. Cette présidence, André sut admirablement l’assurer avec ses qualités propres, permettant à la SFA de poursuivre son expansion.

André venait d’Ambroise Paré à Boulogne. Avec le soutien bienveillant de leur maître J.O. Ramadier, Jean-Yves, Philippe et André, alors chefs de clinique, ont eu la chance au début des années 80 de vivre cette véritable révolution arthroscopique initiée en France par Henri Dorfmann. Ils ont ainsi pu développer ensemble ce qu’il a été ensuite convenu d’appeler l’école d’Ambroise Paré qui a tant contribué à notre Société. Elle reste aujourd’hui un des phares de l’arthroscopie française.

André a évidemment largement contribué au développement scientifique de notre spécialité, et il n’est pas inutile de rappeler aux plus jeunes ses travaux sur les hémarthroses post traumatiques, les syndromes post méniscectomies, les L.O.D.A à la cheville, les ruptures de la coiffe des rotateurs, et bien d’autres encore…. Époque où l’arthroscopiste n’était pas focalisé sur une articulation.

André avait une passion et une obsession : communiquer et transmettre.

Communiquer en particulier via l’informatique et il a mis à profit son intérêt dans ce domaine, pour très vite développer, promouvoir et diffuser le premier site de la SFA. Sofarthro.com était né. Un travail titanesque qui faisait passer la SFA d’une entreprise artisanale, presque familiale (les trois Nicole -Dorfmann, Beaufils et Frank- en savent quelque chose…) à une société professionnelle.

Transmettre : fidèle au serment d’Hippocrate, André n’avait de cesse de promouvoir la transmission du savoir au travers de cours, de conférences, d’accueil de stagiaires du DIU, … et peut-être surtout du livre Arthroscopie dont avec Henri Dorfmann, ils furent tous deux, en toute discrétion mais avec une conviction sans faille, les instigateurs. Cette période a été particulièrement riche pour eux. L’énergie d’André et son expertise informatique ont permis de mener à bien cette entreprise et de vivre une expérience enrichissante au travers des soirées passées autour de la confection du livre. Ce livre, avec ses nouvelles éditions, est resté la bible de l’arthroscopie française.

C’est pour tout cela qu’il avait été nommé membre d’honneur de la SFA. Et c’était tellement mérité.

André avait également eu une position internationale non seulement en intervenant dans les principaux congrès internationaux pour porter la voix de l’arthroscopie française mais aussi en intégrant le board de l’ISAKOS. Il tirait de cette expérience internationale un enrichissement et quelques belles amitiés mais aussi le constat de la difficulté à se comprendre les uns les autres.

Parallèlement, André avait une grande activité clinique. D’abord engagé dans le service public, il avait ensuite opté pour une activité libérale exclusive. Il avait choisi de s'installer à la clinique Labrouste avec son ami de toujours Jean-Jacques Guest, et à Bezons où rapidement, avec son ami et anesthésiste Bernard Lemaitre, ils ont développé une importante activité d'orthopédie arthroscopique et prothétique. Ses patients garderont le souvenir de soins de qualité mais aussi d'un homme simple et disponible.

André passait beaucoup de temps dans "sa petite clinique familiale" où il assouvissait son amour de la chirurgie et partageait sa bonhommie avec tout le personnel.

L'équipe d'orthopédistes de la clinique aujourd'hui lui doit beaucoup : accueil, partage, convivialité et confiance l'ont caractérisé. Ses collaborateurs garderont le souvenir d'un homme loyal, jovial et brillant. Même pendant son combat contre la maladie il évoquait l'espoir de revenir opérer et transmettre ses connaissances chirurgicales.

André était un chirurgien hors pair. Mais au-delà du chirurgien, au-delà du scientifique, il y avait l’homme qui fondait toute relation sur l’honnêteté, la tolérance, la bienveillance, la fidélité. L’ego était une valeur qui lui était totalement étrangère. Le soin au quotidien, les amis proches, la famille, Nicole étaient beaucoup plus importants que les lumières des estrades. André était un grand amoureux : amoureux de la vie, de son métier, de ses patients, de ses amis, des voyages et en particulier de la Grèce, de la montagne et de son chalet de Manigod, de sa famille et surtout amoureux de Nicole.

André était un homme réservé, parfois timide, qui n’aimait pas les honneurs sur une estrade lors des congrès. Peu savaient à quel point le couple André et Nicole était fusionnel et Nicole lui a permis de connaître l’ineffable bonheur. Peu savaient qu’il considérait que l’amour et le bonheur passaient avant tout par les arcanes du cercle familial. Le hasard a voulu que l’anniversaire de Nicole tombe le plus souvent au moment du congrès annuel de la SFA. Et il a pu arriver qu’André choisisse le premier aux dépens du deuxième, clin d’œil et témoin de ses choix entre vie privée et personnelle qu’il privilégiait et vie publique.

André a connu des jours noirs plus tristes que les nuits lorsqu’il a dû affronter une maladie dont il connaissait le pronostic ; il l’a fait avec un courage irréfragable qui force le respect ; il a partagé cette épreuve avec l’amour de Nicole et ce partage lui a permis de supporter des soins aussi éprouvants. Au moment où l’angoisse plantait son drapeau noir, Nicole était là, toujours là, si près d’André, et a su lui faire oublier dans un dernier et merveilleux sourire l’atmosphère obscure qui devait l’emporter.

Au revoir André.

La SFA présente à Nicole, Nicolas et Alexis ses enfants, à toute la famille et aux nombreux amis ses plus sincères condoléances.

Philippe Beaufils, Henry Coudane, Henri Dorfmann, Samuel Poulain