ANATOMIE ET BIOMECANIQUE DU BOURRELET GLENOIDIEN
F. GASTAUD, J-F KEMPF ET D NERISSON
1) ANATOMIE
A) Généralités
Le bourrelet glénoïdien (BG) ou labrum glénoïdal est un élément de structure fibro-cartilagineuse qui siège à la périphérie de la glène de lomoplate.

Figure 1 : le Bourrelet glénoïdien
Sa forme est triangulaire à la coupe. On lui décrit donc trois bords et trois faces :
Une face externe, articulaire, libre ;
Une face médiale, regardant la glène à laquelle elle adhère parfois selon le secteur concerné ;
Une face périphérique qui sinsère sur la capsule.
Depuis les anatomistes classiques (Rouvière [13], Testut [17], Cruveilhier [3]) le BG est décrit comme un élément anatomique à part entière. Ces auteurs insistaient sur son rôle dapprofondissement de la glène (mais pas sur leffet daugmentation de surface articulaire utile). Cependant daprès les classiques, cet approfondissement ne suffisait pas pour permettre la réception de la tête dans la glène. Ainsi, larticulation de lépaule était classée parmi les arthrodies.
Pour les auteurs modernes (Bankart [1], Snyder [15], Stoller [16], Nérisson [8]), le BG :
-Augmente la profondeur de la glène (jusquà 9mm dans le plan vertical et 5mm dans le plan sagittal) et sa superficie (plus 36 % en moyenne).

Figure 2 : Augmentation de la superficie articulaire
-Est extrêmement variable selon le secteur, lâge, la pathologie éventuelle,
-Doit être lobjet dune analyse topographique : le découpage en " secteurs " est essentiel
B) Anatomie topographique : les secteurs.
Plusieurs modalités de découpage ont été proposées par différents auteurs [2],[4],[15] :

Figure 3 : description selon Cooper

Figure 3 bis : : description selon Detrisac

Figure 3 ter : : description selon Snyder
Nous adopterons dans ce symposium la sectorisation de Snyder [14].
Dans lhémi-circonférence supérieure (zones 6,1,2) le BG adopte un aspect méniscoïde avec un bord libre à angle aigu : bourrelet de type A.
Figure 4 :Bourrelet de type A [16]
Dans lhémi-circonférence inférieure (zones 3,4,5) le BG est fixe, sans bord libre et apparaît comme une expansion du cartilage de la glène : bourrelet de type B.

Figure 5 : Bourrelet de type B [16]
a) Anatomie du pôle supérieur (zone1) :à 12 heures, le BG saccole avec le tendon de la longue portion du biceps (LPB) et forme ainsi un complexe labro-bicipital [7]. Cette entité anatomique et chirurgicale sorganise selon trois modalités :
-Type I : complexe labro-bicipital adhérent au bord supérieur de la glène. Il nexiste alors pas de recessus synovial ni de sillon inter labro-chondral.

Figure 6 : Complexe labro-bicipital de type 1 [16]
-Type II : complexe labro-bicipital inséré légèrement en dedans du bord de la glène. On observe un sillon peu profond entre le BG et le cartilage articulaire, ainsi quun recessus synovial modéré.

Figure 7 : Complexe labro-bicipital de type 2 [16]
-Type III : il ny a pas dinsertion du bourrelet à la glène. Un sillon profond sétend jusquà linsertion du LPB sur le tubercule supra-glénoïdien.

Figure 8 : Complexe labro-bicipital de type 3 [16]
b) Anatomie du BG antéro-supérieur (zone 2) (dite zone de Snyder) : cest la zone située en regard de léchancrure glénoïdienne. La mobilité du BG et la variabilité de son aspect y sont majeures. Les principales variantes non pathologiques de la normale sont :
-Le foramen labral. Cest un défaut dinsertion périphérique du BG sur la glène qui se présente dans 15 à 40 % des cas. (Cette variante reproduit en quelque sorte la conformation anatomique du ligament transverse de lacétabulum au cotyle). Il existe alors une communication avec le récessus sous-scapulaire.
Figure 9 : Foramen labral [8]

-Le ligament gléno-huméral moyen (LGHM) cord-like. Cest une désinsertion du BG avec un LGHM grêle et étroit (Williams et Snyder [19]).
Figure 10 : LGHM Cord-like [8]
-Le Buford complex. Cest une agénésie labrale avec insertion ectopique du LGHM au pied du LPB (Williams et Snyder [19]).

Figure 11 : Buford-complex [8]
c)Anatomie du BG antéro-inférieur, inférieur et postéro-inférieur (zone 3,4 et 5) : dans ce secteur, le BG se confond avec les faisceaux antérieur et postérieur du LGHI. Les variantes de la normale sont rares. En revanche, en zone 3, les variétés pathologiques sont fréquentes et répondent aux lésions de linstabilité antérieure : Bankart-lésion [1], ALPSA (AnteroLabro Ligamentous Periosteal Sleeve Avulsion), GLAD [9]

Figure 12 : GlenoLabral Anterieur Disruption (GLAD) [16]
d) Anatomie du BG postéro-supérieur (zone 6) : ce secteur est le point dancrage du secteur mobile (zones 6,1,2) on trouve dans ce secteur 50 % de BG type A et 50 % de BG de type B environ.
C) Anatomie du Bourrelet Glénoïdien selon lâge.
De nombreux aspects non pathologiques ont été décrits notamment par D. Kohn [6]. Cet auteur décrivait à partir dune étude cadavérique un pourcentage considérable danomalies du BG : fissurations : 76 %, désinsertions : 50 %, ruptures : 35 %, ossifications : 21 %. Le symposium a reconnu le caractère excessif de ces descriptions. En fait il sagit le plus souvent (et de loin) de lésions de dégénérescence fibrillaires.
D) Anatomie microscopique
a) Histologie
Sur le plan microscopique également le BG est inhomogène. On décrit en effet deux types de structures tissulaires
-Le type A, qui comporte un fort contingent de fibres délastine. On note en revanche une pauvreté en cellules cartilagineuses. Les deux faces en contact avec le cartilage articulaire sont synovialisées.
-Le type B qui possède une richesse en cellules fibro-cartilagineuses mais pas de récessus synovial.
b) Vascularisation
La vascularisation microscopique du BG [2] est développée sur un mode centripète à partir dun réseau artériel constitué de lartère sus scapulaire, du rameau postérieur de la branche scapulaire de lartère scapulaire inférieure et de branche circonflexe postérieure de lartère inférieure. Ce réseau est dense en périphérie du BG. Il se développe aux dépens des secteurs supérieurs (zones 6,1,2) et de la partie centrale du BG, près de son bord libre. La périphérie du secteur inférieur est donc la région la mieux vascularisée
c) Innervation
Le BG comporte de nombreuses terminaisons nerveuses libres à sa périphérie [18]. En revanche il ne présente pas de corpuscule de Pacini ni dorgane de Ruffini, contrairement aux éléments de voisinage qui en sont largement pourvus : capsule articulaire, ligaments gléno-huméraux, tendons. La proprioception ne semble donc pas liée au BG.
2) BIOMECANIQUE
A) Généralités
En raison de la forme, de la situation et de la consistance du BG, ainsi que de son environnement (liquide synovial), plusieurs effets biomécaniques peuvent rendre compte des fonctions du BG.
Leffet ventouse. Cest lhypopression barométrique liée à létanchéité BG - tête humérale qui permet ce mécanisme. Le principe est celui du piston sous vide.

Figure 13 : Piston sous vide (à gauche membrane rigide, à droite membrane souple : hyperlaxe).
La dépression dans larticulation gléno-humérale peut atteindre 32mmHg [5]. Leffet ventouse rend compte de la résistance aux forces de traction.

Figure 14 : Application à lépaule (à gauche au repos, au milieu en charge, à droite hyperlaxe).
Leffet capillarité. Ladhésion de deux surfaces congruentes est permise grâce au liquide synovial qui forme un film humide, tensioactif et de viscosité élevée [10]. Cette adhésion est proportionnelle à la superficie des surfaces en contact. Le bourrelet permet ainsi une majoration de ce mécanisme. Leffet capillarité autorise la résistance aux forces de cisaillement.

Figure 15 : le principe de capillarité.
Leffet ménisque. Par laugmentation de la profondeur de la cavité glénoïde et laccroissement de sa surface, le BG permet une diminution des pressions appliquées aux surfaces articulaires. Cet effet ménisque améliore la résistance aux forces de compressions. Cet effet serait surtout sensible dans le secteur postéro-inférieur (Reeves [11]).
B) Propriétés biomécaniques de chaque secteur.
-
Zone 3 (BG antéro-inférieur). Dans ce secteur, la responsabilité du BG dans la stabilité antérieure de lépaule est primordiale. Cette stabilisation est réalisée avec laide du LGHI.-Zone 4 (BG inférieur). Le BG participe à la stabilité inférieure par effet de butée (prévention de la luxation erecta).
-Zone 5 (BG postéro-inférieur). Le BG participe à la stabilité postérieure de lépaule (humérus en rotation interne-antépulsion). Il existe ici aussi une synergie favorable avec le LGHI.
-Zones 6,1 et 2 (hémi-circonférence supérieure). Dans ce secteur de variabilité morphologique et de grande mobilité, le BG isolé na pas de fonction spécifique à ces zones. En effet, cest en sassociant à la coiffe des rotateurs, le LPB, le LGHS et le LGHM quil constitue un complexe labro-tendino-ligamentaire capable de lutter contre les contraintes de rotation. (Rodoski [12]).
En conclusion,
létude biomécanique et anatomique montre la grande variabilité structurale et fonctionnelle du BG. Cette variabilité peut expliquer ses fréquentes évolutions pathologiques dorigine traumatiques, microtraumatiques ou dégénératives. Lapport de larthroscopie dans la connaissance du bourrelet normal mais aussi de ses variantes pathologiques est considérable.REFERENCES
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